Un système de retraite par répartition en fâcheuse position

Depuis quelques semaines, les médias se font écho d’un sujet qui revient sur le devant de la  scène tel un serpent de mer… la faillite annoncée du système de retraite complémentaire. Au- delà des réelles difficultés financières auxquelles les caisses de l’ARRCO et de l’ARGIC sont  confrontées; s’ajoutent également des communications oscillant entre la diffamation et les informations erronées , ce qui accroît le caractère inintelligible de ce système, pourtant longtemps vu comme un pilier de notre modèle de protection sociale.

Revenons sur quelques basiques.

L’ARRCO (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) et l’AGIRC (Association générale des institutions de retraite des cadres) sont des caisses de retraite complémentaire gérées par les partenaires sociaux qui viennent compléter la retraite de base versée par la Sécurité sociale, pour les salariés du privé, de l’industrie, du commerce et de l’agriculture… Le système concerne donc quelques 36 millions de bénéficiaires (salariés et retraités) .

En 50 ans, les paramètres démographiques ont bien changé

L’espérance de vie a progressé de plus de 15 années tant pour les hommes que pour les femmes tandis que le nombre de naissance s’est affaissé entre 1960 et les années 1990, rompant avec les projections démographiques sur lesquelles le système de retraite complémentaire a été fondé.
En effet, on comptait 4 actifs pour 1 retraité en 1960 et seulement 2 actifs pour 1 retraité en 2005.
Les prévisions pour 2040, à paramètres égaux, seront d’1 actif pour 1 retraité.
Le système par répartition fondé sur le principe de solidarité intergénérationnelle (les cotisations des actifs paient les pensions des retraités actuels), qui fonctionnait donc parfaitement à sa création, est aujourd’hui totalement déséquilibré.

Si personne ne réagit, que se passera-t-il ?

« La situation de l’AGIRC et l’ARRCO n’est pas complètement catastrophique » d’après les partenaires sociaux, mais il faudra tout de même prévoir des changements profonds pour que les comptes ne soient plus déficitaires.
Si rien n’est fait, au vu des déficits annuels abyssaux de l’AGIRC, ses réserves seront totalement vides d’ici 2016 selon la Cour des Comptes, ce qui donnerait lieu à une diminution mécanique de plus de 10% des pensions de retraite complémentaires pour près de 3 millions de retraités.

Quelles solutions ?

La fusion.

Face aux difficultés de l’AGIRC, dont le déficit est plus marqué que celui de l’ARRCO, l’idée d’une fusion entre les deux régimes a été proposée. Si cela permettrait de repousser la fin annoncée de la caisse de retraite des cadres, cela ne résoudra pas le problème : les réserves des deux caisses, totalisant à ce jour un déficit cumulé de 4,125 Mds € seront totalement vides d’ici 2023 selon la Cour des comptes. Cela signifie, non pas la faillite du système en lui-même, mais que les caisses AGIRC et ARRCO ne seront plus en mesure de payer les retraites en totalité.
En effet, les cotisations sociales payées par les actifs et les entreprises servent à payer la majeure partie des pensions qui sont reversées aux actuels retraités. Mais leur part contributive au financement ne cesse de baisser : les cotisations sociales représentaient 85 % des prestations en 2002, contre seulement 75 % dix ans plus tard.
Aujourd’hui, les cotisations sont complétées par une partie des réserves constituées par l’AGIRC et l’ARRCO durant les années fastes.
Ces réserves devaient initialement amortir le déséquilibre démographique (10 cotisants pour un retraité en 1945 et 1,6 aujourd’hui). Mais l’estimation n’était pas suffisante et, alliée au fort ralentissement économique, les comptes se sont détériorés. Depuis cinq ans, l’AGIRC verse plus de pensions qu’elle ne perçoit de cotisations. En 2024, si les deux systèmes sont fusionnés, les caisses ne pourront plus payer la part des prestations non financées par les cotisations.
Quoi qu’il en soit, le syndicat des cadres, la CFE-CGC, refuse toute discussion autour d’une fusion éventuelle, arguant que cela ne ferait que repousser le problème structurel du système. Le syndicat craint en effet que cette mesure soit une première marche vers la suppression du statut cadre, annonçant une suppression des avantages s’y rapportant (pension de retraite complémentaire majorée, bénéfice d’un régime de prévoyance dont la cotisation est exclusivement à la charge de l’employeur, services de l’APEC …).

Le déplacement des curseurs sociaux.

D’autres solutions sont évidemment envisageables, qui correspondent aux curseurs sociaux qui pourraient être déplacés pour rendre le système de nouveau viable : augmenter les taux de cotisation, l’âge de départ à la retraite, le nombre de trimestres de cotisation obligatoire ou alors baisser le taux de réversion, des retraités actuels ou des futurs retraités. Autant de solutions qui ne satisfont aucun des partenaires sociaux du fait de leur impopularité : 85% de la population juge inacceptable de baisser le montant des pensions des actuels retraites, 82% refuse la baisse pour les futurs retraités, 64% rejettent une augmentation des cotisations et 56% sont hostiles au report de l’âge à partir duquel on peut toucher sa retraite complémentaire complète.

La capitalisation.

Une dernière solution, de plus en plus développée en parallèle des régimes de base et complémentaire obligatoires, consiste à passer progressivement d’une retraite par répartition à une retraite par capitalisation.
De plus en plus d’actifs s’intéressent de près aux solutions disponibles pour se préparer un revenu complémentaire disponible lors de leur départ à la retraite, comme par exemple l’investissement dans l’immobilier ou les actifs financiers (achat de SCPI, location meublée, dispositif Pinel, assurance-vie…). Rapprochez-vous d’un conseiller en gestion de patrimoine pour faire le point sur votre situation personnelle, évaluer vos droits à la retraite futurs et trouver des solutions pour améliorer vos revenus quand vous serez retraité !

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