2015, année de la reprise ou de l’entrée en déflation?

Mathieu PLANE, Économiste à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques – centre de recherche en économie de Sciences Po)

Après deux années de récession, l’économie européenne semble donner quelques signes de reprise : la croissance a été à nouveau positive en 2014 et devrait s’accélérer en 2015, le chômage a entamé sa lente décrue, les taux d’intérêts sur les obligations publiques sont au plus bas dans de nombreux pays et la plupart des Etats qui étaient sous assistance financière accèdent à nouveau aux marchés pour se financer.

Ces timides évolutions restent pourtant bien insuffisantes pour faire revenir la confiance
dans la zone euro et écarter définitivement le risque déflationniste.
En effet, après six années de crise, la reprise dans la zone euro reste bien trop faible pour soigner
les plaies béantes laissés par plusieurs années de sous-activités.
Les Européens se sont appauvris pendant la crise :
le PIB par tête est encore 4 points en-dessous de son niveau d’avant crise et les chômeurs dans la
zone euro sont près de 7 millions de plus qu’il y a six ans.
En l’espace de quelques années, la zone euro a accumulé un retard de croissance considérable vis-à-vis des Etats-Unis, le PIB américain augmentant près de 10 points de PIB de plus que celui de la zone euro entre le début de l’année 2011 et la fin 2014.

Et pour la première fois depuis 2009, au plus fort de la crise financière, l’inflation dans la
zone euro est passée en territoire négatif en décembre 2014, alimentant le risque de décrochage
durable des anticipations d’inflation des investisseurs et la mise en route d’une spirale déflationniste.
Étouffée depuis 2011 par des règles budgétaires inadaptées conduisant à une surenchère dans
l’austérité et par une politique monétaire moins expansionniste que celle des autres principales
banques centrales, la zone euro a jusqu’à présent manqué le train de la reprise mondiale.

L’année 2015 sera décisive pour la zone euro car elle sera soit celle de la reprise tant attendue ou
au contraire celle où la zone euro basculera dans la déflation.

D’un côté, certains freins à la reprise persistent : le chômage encore très élevé dans la zone euro,
la course à la déflation compétitive entre les Etats membres, des ajustements budgétaires à
venir encore conséquent pour certains pays, dont 21 milliards d’économies prévues pour 2015 en France, militent pour l’enclenchement d’une spirale déflationniste.

En revanche, de l’autre côté, plusieurs éléments favorables penchent pour un redémarrage de la
croissance en France et dans la zone euro en 2015.

La forte chute des prix du pétrole va permettre de redéployer du pouvoir d’achat aux ménages et la
baisse significative du taux de change de l’euro emmenée par une politique monétaire de plus en
plus expansionniste va améliorer la compétitivité des entreprises françaises et européennes sur le marché mondial.

Ces deux éléments peuvent permettre à eux-seuls un gain de croissance pour la France de 1 point de PIB pour 2015.
A cela s’ajoutent des taux d’intérêts historiquement bas qui devraient le rester encore
pendant plusieurs trimestres grâce notamment à la mise en place d’une politique de Quantitative Easing par la BCE.

Par ailleurs le plan Juncker, bien que timide, et la modification, à la marge, des règles budgétaires européennes devraient favoriser une reprise de l’investissement. Et plus spécifiquement pour la France, les dispositifs votés pour améliorer la compétitivité des entreprises commencent à produire pleinement leurs effets à partir de 2015.
Le CICE et le Pacte de Responsabilité représenteront en effet une baisse des coûts pour les entreprises de près de 17 milliards en 2015, après seulement 6,5 milliards en 2014.
Si la France n’est pas l’homme malade de l’Europe, elle reste en revanche dépendante, comme tous les pays de la zone euro, des puissants leviers macroéconomiques européens.
Jusqu’à présent, ceux-ci ont pesé négativement sur l’activité. Or, dans une zone monétaire intégrée,
la lutte contre la déflation ne peut se faire à l’échelle nationale.
Le choix d’un policy-mix européen plus orienté sur la croissance et l’inflation est une première
depuis le début de la crise des dettes souveraines.
Soutenu par la baisse des prix du pétrole, espérons que ces leviers seront suffisants pour enrayer la spirale dépressive que connaît la zone euro depuis le début de la crise .
La reprise sera donc européenne, avant d’être française, ou ne sera pas.



Laisser un commentaire